Chers
partenaires d'EUROCIRCLE,
En
parallèle des autres thèmes importants, l'Europe
tout comme la rédaction d'EUROCIRCLE, se préoccupe
ces derniers mois du sommet européen de Göteborg
...
"Nous n'espérons pas changer le monde lors du sommet
de Göteborg". Le président de la Commission européenne,
Romano Prodi, s'est senti obligé, à la fin de
son discours devant le plénum du parlement strasbourgeois,
de relativiser ce qu'il venait d’exposer. En effet, les perspectives
qu'il venait d'esquisser lors de la présentation du
papier stratégique de la Commission pour une croissance
durable devaient lui paraître à la lecture presque
trop optimistes. Prodi a avancé quelques propositions
qui paraissent courageuses: même si rien n'indique pour
le moment que l'UE atteindra les objectifs de Kyoto pour la
réduction des gaz à effet de serre, la Commission
fixe déjà l'objectif d'aller au-delà
des obligations de Kyoto en réduisant l'émission
d'un pour-cent par an après 2010.
Même
si la taxe sur l'énergie est encore l'exception en
Europe, Prodi parle déjà d'une "indexation automatique
de la taxation de l'énergie sur la croissance nominale
du revenu". Bien que le transport routier augmente de façon
exponentielle, il espère geler la part de marché
du transport routier au niveau de 1998 avant 2010. Finalement
Prodi demande à toutes les personnes concernées
un "leadership politique fort" car ce sont les propositions
les plus importantes et les plus audacieuses, celles qui préservent
les ressources de nos enfants, qui sont les plus controversées
politiquement.
... et de la réaction européenne à l'élection
en Italie:
Le fait que l'homme le plus riche d'Italie devienne également
l'homme politique le plus puissant a été accueilli
avec beaucoup de détachement en Europe: La Commission
européenne a félicité Berlusconi qui
a déjà été le chef du gouvernement
en 1994 pendant sept mois et qui a remporté avec sa
coalition de droite "Maison des libertés" 368 mandats
sur 630 au parlement pour son élection. Le président
Prodi lui a écrit qu'il était convaincu que
la coopération sur les missions européennes
communes sera poursuivie et souhaite "mesurer le gouvernement
à ses actes".
La majorité des Etats de l'UE rejoint Prodi dans sa
position modérée. Toutes les capitales ont réaffirmé
qu'aucune sanction ne sera prise contre l'Italie. Il apparaît
qu'il faut empêcher un trop grande agitation afin de
ne pas commettre les mêmes erreurs que celles réalisées
contre l'Autriche après la participation du FPÖ,
parti d'extrême droite, l'an passé. A l'époque
les sanctions de l'UE contre l'Autriche n'ont pas eu l'effet
escompté avant d'être levées dans la discrétion.
La ministre suédoise des affaires étrangères
et Présidente du Conseil de l'UE, Anna Lindh, ne se
sentait certes "pas d'humeur" à le féliciter,
mais a évité en même temps, d'exprimer
de l’inquiétude devant la formation du nouveau gouvernement.
Le chancelier Gerhard Schröder a fait savoir avec prudence
que le gouvernement fédéral respecte le choix
du peuple italien. Le ministre français des affaires
étrangères, Hubert Védrine, a annoncé
que son pays observera soigneusement le nouveau gouvernement
italien mais qu'il ne prendra - contrairement à ce
qui avait été le cas contre l'Autriche - aucune
sanction.
En attendant l'édition du mois de juillet, nous vous
souhaitons bonne lecture la présente édition
Commentaire
EUROCIRCLE:
Visions
d’Europe
Le
Premier ministre français Lionel Jospin refuse la proposition
du chancelier Schröder pour un Etat fédéral
européen. Au lieu de ça celui ci se prononce
en faveur d'une fédération des Etats nationaux
et adresse une fin de non recevoir aux plans berlinois d'une
fédération européenne. Au lieu d'un gouvernement
européen et d'une réforme des institutions de
l'UE, inspirée du modèle des Länder allemands,
le socialiste français propose une "fédération
des Etats-nations". "Je souhaite l'Europe" dit il, "mais je
suis attaché à ma nation".
L'intervention
de fond de Jospin sur la politique européenne était
attendue et a mis au jour les différences importantes
qui existent entre les deux capitales gouvernées majoritairement
par les sociaux-démocrates.
Alors que Bonn/Berlin rêve, depuis la naissance de l'Europe,
d'un Etat fédéral, dans lequel les Allemands
pourraient se cacher, se fondre dans la masse de voisins européens,
les Français misent depuis toujours sur une Europe
composée d'Etats-nations liés entre eux par
une coopération multiple.
Lionel Jospin aussi vise à long terme une constitution
européenne. Mais il n'est pas favorable au bicamérisme
en Europe, ni à la suppression du triangle qui détermine
actuellement l'UE composé de la Commission, du Conseil
et du Parlement européen.
Au lieu de ça Jospin souhaite renforcer la légitimité
démocratique de l'UE en proposant de faire élire
le futur président de la Commission par le Parlement
de façon à ce qu'il soit issu du parti majoritaire
au Parlement et en plaçant un "Conseil des ministres
permanent" aux côtés de la Commission. Celui-ci
doit assurer la coordination entre les gouvernements nationaux
et Bruxelles. Contrairement à ses collègues
berlinois, Lionel Jospin souhaite renforcer les experts monétaires
européens par un gouvernement économique.
Le discours de Jospin soulève les problèmes
urgents que l'Union devra résoudre prochainement :
Santé publique, standards minimaux en matière
sociale, solidarité avec le sud. En revanche Jospin
ne répond pas à la question de savoir quelles
seront les institutions européennes qui gouverneront
cette Europe à la culture multiple, socialement juste
et modérée dans sa politique étrangère.
Sa recette : un peu de Fischer : les parlements nationaux
doivent prendre part, en tant que "Congrès" au processus
de décision. Une pincée de Schröder: la
position de la Commission doit être renforcée,
son président doit être élu par le parlement.
Un zeste de Chirac : les Etats nationaux sont intangibles
dans leur souveraineté.
Berlin et Paris qui se comprennent toujours comme "moteur
de l'Union" à l'occasion de discours festifs, mais
qui élaborent et présentent leurs grandes visions
séparément depuis un certain temps, sont surtout
d'accord sur les questions techniques. Ainsi, les deux souhaitent
intensifier la coopération de la justice et de la police.
A Paris, Jospin récolta des ovations de tous bords
et peut être sur qu'il n'est pas isolé lorsqu'il
refuse les visions de Schröder. Les Britanniques et les
européens du nord non plus ne veulent pas entendre
parler d'un Etat fédéral à l'allemande.
Leurs motivations sont cependant différentes de celles
des français. Paris considère l'Europe comme
une communauté politique alors que pour d’autres elle
est plutôt un marché de libre échange.
En résumé :
au 21ème siècle les Allemands n'ont toujours
pas de mal à mobiliser des voix contre leur camp.
Si Jospin a été si bien accueilli c’est aussi
parce qu'il met en avant les questions sociales et celles
des droits de l'homme mais également car dans son programme
pour un projet anti-libéral pour l'Union il se démarque
clairement des visions de Schröder en faveur d'une Europe
fédérale à l'allemande. Un an avant les
élections présidentielles en France, Jospin
s'est positionné plus clairement que jamais comme anti-Schröder
et anti-Blair.
EUROCIRCLE
juge aussi bien original que nécessaire le fait qu'un
politique n'essaie pas de vendre la libéralisation
des marchés comme remède miracle aux déficits
sociaux et politiques.
A Berlin le gouvernement recherche entre temps avec
succès des points communs: le ministre des affaires
étrangères, Fischer, a trouvé un "grand
nombre de points communs franco-allemands", le porte-parole
du gouvernement Heye a trouvé des "points de départ,
qui pourraient être un terrain fertile dans le processus
d'après Nice".
Des propos clairement contre s'élevaient en revanche
de la part de l'opposition conservatrice :" C'est le juste
retour des choses du fait que le gouvernement allemand veuille
avancer tout seul dans les initiatives en matière de
politique européenne" déclara leur délégué
politique européen Peter Hintze.