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Chers partenaires d'EUROCIRCLE,



Romano Prodi a commenté le 22 mai 2002 la première contribution de la Commission à la Convention pour l’avenir de l’Europe en exigeant pour l’Union européenne des structures plus efficaces et plus citoyennes :

« Nous ne proposons pas un Etat avec un gouvernement européen, nous proposons une Union des peuples et des Etats, qui soit capable de mieux protéger ses citoyens et leurs intérêts dans les domaines dans lesquels les Etats isolément n’en ont pas suffisamment les moyens. C’est ainsi que nous concevons l’acte de gouverner démocratiquement dans un monde globalisé ». Concrètement la Commission formule les exigences suivantes :

- Après l’introduction réussie des billets et des pièces d’euro, l’Union doit maintenant davantage coordonner les politiques budgétaires et économiques des Etats membres. Une coordination efficace suppose la mise en œuvre de la méthode communautaire. La Commission doit être dotée du droit de proposer au Conseil les grandes lignes de la politique économique ou encore des mesures dirigées contre des décisions prises par certains Etats membres qui mettent en danger la stabilité macro-économique. Actuellement la Commission ne peut émettre que des recommandations. Le Conseil devrait pouvoir s’écarter des propositions de la Commission par un veto à l’unanimité.

- L’existence d’une instance européenne qui protège la liberté et la sécurité des citoyens est nécessaire.
- L’UE doit se doter d’une politique crédible de sécurité et des affaires extérieures, afin de gagner en influence sur un plan international. Si la Commission doit devenir un acteur global crédible et efficace, elle doit modifier ses structures. Actuellement, seule dans la politique commerciale et de développement l’Union européenne ne joue pas un rôle en rapport avec son poids économique. Les possibilités d’action devraient être plus intégrées pour augmenter la crédibilité et l’autorité des politiques de sécurité et des affaires extérieures.

EUROCIRCLE soutient ces exigences et se demande, si les représentants de la Commission n'étaient pas des lecteurs assidus de nos commentaires et remarques des dernières 74 éditions, car vous tenez entre vos mains la 75ème édition de vos EC-News ! Cela pourrait être une occasion de fête si les évolutions politiques étaient un peu moins préoccupantes. Nous ne souhaitons cependant pas nous décourager pour autant et continuerons à œuvrer sans relâche en faveur d’une Europe unie, solidaire, tolérante et démocratique. Sur ces remarques, nous vous souhaitons bonne lecture de cette édition en attendant l’édition estivale double

 

 

Commentaire EUROCIRCLE

Pression de l’extrême droite et populisme

Un vent froid souffle sur l’establishment politique d’Europe et provoque un choc au sein des partis traditionnels établis ; des populistes plus ou moins d’extrême droite connaissent partout un succès grandissant. L’une des raisons de cette avancée du populisme réside certainement dans la perte de repères chez beaucoup de citoyens suite aux changements profonds de nos sociétés ces dernières années ; notamment les suites de la globalisation sont ressenties par beaucoup de gens comme une américanisation forcée : on craint de perdre les systèmes sociaux et la sécurité intérieure, la patrie nationale et les traditions ; les attentats du 11 septembre renforcent ce sentiment d’insécurité.
Les populistes éloquents tels Portuyn, Haider et Le Pen se servent de ce sentiment et font des immigrés avant tout les boucs émissaires de problèmes sociaux complexes et le thème de la sécurité fut un thème majeur de la campagne électorale française par ailleurs terne. L’acte de folie d’un sans abris qui a tué huit élus locaux à Nanterre et la vague d’actes antisémites en lien avec la crise au proche orient ont ici visiblement apporté de l’eau au moulin de l’extrême droite. Aussi les sondages ont clairement sous-estimé le poids de l’extrême droite étant donné que ses électeurs ont tendance à ne pas avouer leur choix politique. Il faut aussi noter que les partis de gauche se sont montrés très discrets sur ces thèmes pour ne surtout pas apparaître comme politiquement incorrect.
Le résultat des élections en France illustre certaines tendances générales en Europe occidentale : faible participation, gains de voix pour les partis d’extrême droite ou xénophobes et visiblement un nouveau mouvement surtout des classes ouvrières contre la globalisation et l’intégration européenne. Ou encore :
La droite modérée ne sait pas à l’heure actuelle agrégée d’anciennes et de nouvelles classes modestes, les communistes s’effondrent à des scores historiquement bas et la gauche modérée perd sa clientèle traditionnelle, les petites gens, les perdants de la modernisation sont passés chez les Trotskistes et chez Le Pen.
Le spectre de la montée de l’extrême droite – même si les citoyens français ont su relativiser cette perspective au second tour – s’est manifesté lors des élections présidentielles et a été pour la France, symboliquement, une catastrophe nationale :
Même si l’économie française s’est étonnement bien portée sous Jospin, (si Schröder pouvait faire valoir en Allemagne un bilan avec 2 millions d’emplois créé et 900 000 chômeurs de moins, il n’aurait pas de souci à se faire pour sa réélection), 4,8 millions de français ont voté le 21 avril pour ce gueulard si doué rhétoriquement qu’est Jean-Marie Le Pen plus encore une fois 667 000 pour son rebelle d’apprenti Bruno Mégret ; au second tour est venu s’y ajouter un nouveau million d’électeurs votant pour l’extrême droite en raison de, cette fois, la forte participation. Les élections parlementaires ces prochaines semaines montreront à quel prix la France restera gouvernable.
Et après ? Reste à espérer que l’on ne passera PAS au quotidien mais que le Président Chriac et sa droite revigorée se mettrons autour d’une table avec les restes de la gauche plurielle pour s’attaquer aux problèmes et répondre aux questions urgentes, comme :
Est-ce que la constitution de la cinquième république, hautement autoritaire et centralisée, rédigée dans une période marquée par l’après guerre où la menace nazie venait de l’armée est-elle encore fonctionnelle et adaptée à notre temps ?
Ne faut-il pas revoir un système électoral qui, avec la cohabitation comme règle, amène un mariage forcé à la tête de l’Etat qui entraîne une perte de relief politique et provoque ce sentiment du « tous les mêmes », qui participe à la montée des extrêmes.
(sans parler des 16 candidatures au premier tour qui ne font que semer la confusion et ne servent certainement pas la démocratie, mais lui portent tort comme le prouve le premier tour)
Les représentants élus par le peuple sont-ils insensibles au fait que les trois quarts des français déclarent avoir le sentiment que ces élus se foutent totalement ou presque de leurs électeurs ?
N’est-ce là qu’une impression ou est il réellement un fait que les partis établis et modérés sont incapables de renouveler leurs cadres et de motiver des figures un temps soit peu charismatiques pour tailler sur mesure des programmes pour leur électorat ? Si tel est le cas : quel en sont les raisons ?
Peut-être parce que le top management des partis établis est peuplé d’anciens élèves de l’ENA qui ont appris à se convaincre entre eux, mais pas comment convaincre d’autres personnes, sans parler du peuple.