L’Union européenne compte environ six millions de Roms dont un grand nombre, étant citoyens européens, a émigré légalement de leurs pays d’origine en Europe de l’Est vers des pays occidentaux comme l’Italie, la France ou l’Espagne. Ces derniers jours on assiste à des reconduites massives de Roms du territoire français, mais cette population est également et régulièrement stigmatisée dans d’autres pays membres ; ainsi, la Finlande a, il y a quelques semaines déjà, procédé à l’évacuation d’un camp illégal de Roms bulgares et roumains et le Danemark avait, lui aussi, expulsé auparavant 23 Roms après que le maire de Copenhague eut lancé un appel au gouvernement en ce sens suite à une série de cambriolages survenus dans la banlieue de la capitale danoise. Et ce ne sont que trois exemples parmi d’autres qui illustrent la volonté des pays d’Europe de l’Ouest et du Nord d’éloigner les populations Roms de leurs territoires.
En France, où le gouvernement a démarré jeudi dernier un vaste programme de « départs volontaires » et de reconduites de Roms, surtout vers la Roumanie et la Bulgarie, (leurs pays d’origine), la situation parait particulièrement drastique vu les chiffres avancés. En réalité, la France est loin de faire cavalier seul en Europe. Veronica Scognamiglio du bureau européen d‘Amnesty International à Bruxelles qualifie ces expulsions lancées par Sarkozy de « réaction disproportionnée » à une série d’actes de violence ayant en partie impliqué des Roms. Mais Scognamiglio dit aussi que ce type d‘expulsion est monnaie courante dans bien d’autres pays membres : « On assiste à une tendance générale en Europe en ce qui concerne le traitement réservé aux Roms : on pointe toute la communauté du doigt et on la déporte. » En Europe, ces expulsions systématiques ont commencé dès 2008, lorsque le Président italien du Conseil, Silvio Berlusconi, décréta « l’état d’urgence nationale » pour faire expulser dans la foulée des milliers de Roms vers la Roumanie et de la Bulgarie. Mais, comme dans un grand nombre de cas, ces expulsés se sont rapidement remis en route pour rejoindre l’Ouest, car depuis l’adhésion à l’Union européenne de leurs principaux pays d’origine, et notamment de la Roumanie et de la Bulgarie, ils bénéficient naturellement du droit à la libre circulation. Même si certains pays de l’UE ont insisté pour pouvoir adopter de manière transitoire (et ce jusqu’en 2013) des réglementations particulières qui obligent les ressortissants de ces pays à pouvoir justifier d’un emploi passé un délai de trois mois s’ils veulent continuer à séjourner dans le pays. Les Roms ne trouvent que très rarement un tel emploi, et se retrouvent donc menacés d’expulsion après trois mois.
En attendant, le problème de fond demeure entier : les Roms quittent leurs pays d’origine en Europe de l’Est surtout parce que leurs conditions de vie y sont souvent insupportables, déclare Robert Kushen, directeur du Centre Européen des Droits des Roms (ERRC) à Budapest. En République tchèque, Hongrie, Slovaquie, Roumanie ainsi qu’en Bulgarie, la discrimination des Roms est monnaie courante et va jusqu’à des excès de violences commis à l’encontre de ces minorités. Dans ce contexte, une vie en Europe de l’Ouest apparaît à de nombreux Roms comme bien plus salutaire que l’existence misérable à laquelle ils sont contraints dans leurs pays d’origine. Peut-être faudrait-il se faire à l’idée que les Roms existent et qu’ils s’installeront là où leurs conditions de vie leur paraissent plus favorables – et ce avec un bagage culturel énorme ? La discrimination, mais aussi les contraintes imposées de l’extérieur pour qu’ils s’intègrent, n’y changeront pas grand chose. C’est en tous cas ce que pense la rédaction en vous souhaitant bonne lecture de cette édition de la rentrée et en attendant l’édition du mois d’octobre.
La rédaction
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